Cette immensité-là
 
Trois artistes en affinité offrent en partage leurs silences en exposant leurs oeuvres ensemble. Trois gestes en suspens, trois écritures en paysage croisent ici leurs regards tendus vers un horizon commun, portés par une même aspiration au dépassement du sujet, mus par la même exigence de parvenir à l'essentiel, de sentir palpiter le Réel à l'oeuvre sous la forme. Paysage nu, paysage échu, du fond de l'oeil émerge une mémoire sans objet, le souvenir imminent d'un outre-temps...
 
Les paysages de Camille Couturier semblent découler surnaturellement de l'intime fluidité, clichés d'un vide en perpétuelle mutation.
Christian Ronceray creuse en lui le puits recelant la lumière ou l'émotion originelle. Brûlant ses arrières, on le voit tenter l'essentiel au risque même de disparaître.
Arpenteur de chemins allégés de toute pesanteur, Gérard Beaujard traverse le paysage jusqu'à ce que le paysage le traverse, et cultive l'ébahissement d'être dans un retour à l'innocence de l'instant pur.

Ainsi avons-nous immédiatement l'intuition qu'il s'agit bien, sous des techniques, matières, supports et chromatismes divergents, d'un même paysage qui s'offre à nous, un paysage auquel aboutissent trois regards certes contrastés, mais confluant en une attitude contemplative qui sublime la simple représentation de l'objet perçu ou imaginé. Car il ne s'agit pas ici d'imiter ni même d'inventer le paysage, mais de se séduire soi-même, par le recueillement et le dénuement intérieur, à son évidence présente. Dépouillé de l'inutile, poétiquement épuré, le paysage alors signifie la réminiscence d'ici même, la révélation du mystère dans la plénitude d'une verticalité jamais définitivement acquise.

Il semblait donc évident à ces artistes, dès lors qu'ils se reconnaissaient une communauté d'intention et d'aspiration, de réunir leurs oeuvres, si diverses dans leurs aspects formels et cependant si proches par leur dimension spirituelle. Fenêtres ouvertes sur l'au-delà, ces solitudes en quête nous livrent, tel qu'il s'impose à eux, le secret d'un silence jamais tout à fait oublié, et laissent entrevoir la vérité de leur présence à ce qui les dépasse infiniment : cette immensité-là.