Dans la clarté du silence
 
Espace propre au recueillement, la Crypte de la Congrégation Religieuse de Saint-Aubin-lès-Elbeuf accueille en ce moment l'exposition de trois merveilleux artistes que réunit une certaine vision de la peinture de paysage. À travers leurs gestes, Camille Couturier, Gérard Beaujard et Christian Ronceray s'efforcent de sentir palpiter le réel. Il résulte de leur démarche une soudaine sensation de bien-être.

Ils sont trois et ont en commun une certaine manière d'aborder la peinture. Non pour accumuler des œuvres ou flatter l'égo, mais pour s'alléger l'esprit. Leur art, qui relève de l'ascèse, est aussi solide que la complicité qui les lie. Au cours de l'été 2015, nous avions pu les rencontrer à Gacé où leur démarche, inscrite dans l'écrin d'une chapelle, prenait l'allure d'une véritable profession de foi. Paysage nu... Paysage échu, le texte liminaire de leur exposition d'alors, disait bien ce qui les rassemblait. Refusant les effets gratuits et les postures pontifiantes, Camille Couturier, Gérard Beaujard et Christian Ronceray possèdent chacun une personnalité dont l'œuvre est pleinement imprégnée. Cela se ressent dès le premier regard. Camille a choisi l'encre de Chine qu'elle applique sur du papier qui sera ensuite marouflé sur bois. Gérard, le plus âgé (ce qui ne veut pas dire le moins jeune) pratique une peinture lisse et profondément apaisante, en ayant recours à l'huile sur toile. Christian, lui, utilise la toile de jute brute sur laquelle il s'exprime d'une manière on ne peut plus originale, faisant naître des paysages réduits à l'essentiel. Comme de soudaines apparitions qui émergeraient de la brume.

Chacun de ces artistes possède ce regard particulier qui est propre à la poésie, laissant le réel entrer en lui, sans jamais forcer le trait. Cette démarche a quelque chose d'une attitude philosophique. Dans les œuvres que Camille, Gérard et Christian nous proposent, temps et espace fusionnent pour donner accès à la quintessence du monde : Laisse aller le fleuve Et tu verras dans sa fuite Un asile bleu, nous a inspiré l'une des toiles de Gérard Beaujard. Face aux convultions d'une époque minée par la névrose, le cynisme et la haine de l'intelligence, la peinture peut redevenir une voie de guérison, une manière de faire la paix avec soi-même et le monde qui nous entoure. Qui oserait faire fi de ce présent ?

Luis Porquet
Saint-Aubin-lès-Elbeuf
 octobre 2017